Déclinaison d’une identité graphique sur support imprimé, ordinateur et tablette
Une même identité visuelle pensée pour les supports imprimés, numériques fixes et responsives.

Print, numérique fixe et responsive : trois manières de composer un texte

Une page imprimée, un PDF consulté sur un téléphone et un article affiché sur un site peuvent contenir exactement les mêmes mots. Ils ne posent pourtant pas les mêmes questions de mise en page.

Sur le papier, le format est connu et stable. Dans un document numérique fixe, la composition ne change pas, mais les conditions de consultation varient. Sur une interface responsive, le texte se redistribue selon l’écran, le navigateur et les réglages choisis par le lecteur.

Le degré de maîtrise n’est donc pas le même. Corps des caractères, longueur des lignes, interlignage, position des images, retours à la ligne et césures doivent être pensés en fonction du support et de ses usages.

Adapter une composition ne consiste pas simplement à réduire, agrandir ou recadrer une page existante. Il faut comprendre ce qui restera fixe, ce qui pourra varier et ce que le lecteur pourra lui-même transformer.

Print, PDF et responsive répondent ainsi aux mêmes exigences de hiérarchie et de lisibilité, mais demandent trois manières différentes de composer.


Les principes de lisibilité restent valables quel que soit le support, mais le degré de maîtrise de la composition n’est pas le même pour un document imprimé, un fichier numérique fixe ou une interface responsive.

Pour le print : une composition précisément maîtrisée

Dans un document destiné à l’impression, le format est connu et stable.
Les dimensions de la page, les marges, le nombre de colonnes, le corps des caractères et l’emplacement des images ne changeront plus une fois le fichier imprimé.

Cette stabilité permet un réglage très précis. Il est possible d’observer chaque ligne, de corriger une césure maladroite, de rééquilibrer un paragraphe, de maîtriser les changements de page et d’éviter qu’un titre, une légende ou quelques mots se retrouvent isolés.

➔ Cette maîtrise s’accompagne d’une contrainte physique : l’espace disponible ne s’agrandit pas.
Lorsque le contenu est trop long, il faut arbitrer entre sa longueur, la structure de la page et le confort de lecture.


Pour un format numérique fixe : une page stable, des conditions de lecture variables

Un fichier PDF, une affiche numérique ou une image destinée aux réseaux sociaux conservent eux aussi des dimensions et une composition fixes.
Le rapport entre les éléments reste identique : un retour à la ligne, une césure ou la position d’un titre ne changent pas selon l’appareil.

La mise en page peut donc être réglée avec presque autant de précision que pour le print.
En revanche, les conditions de consultation ne sont pas fixes.
Le même fichier peut être consulté sur un grand écran, une tablette ou un téléphone, à sa taille réelle ou après agrandissement.
Son rendu dépend aussi du logiciel utilisé, de la définition de l’écran et des paramètres d’affichage du lecteur.
Une image peut être affichée en entier, réduite dans un fil d’un réseau social ou partiellement masquée par l’interface d’une plateforme.

Il ne suffit donc pas de transposer une page imprimée à l’écran.
Il faut tenir compte de la taille d’affichage probable, du contraste lumineux, de la distance de lecture et de l’usage du document.
Une composition parfaitement lisible au format A4 peut devenir inconfortable lorsqu’elle est réduite sur un téléphone.


Pour le responsive : concevoir un système plutôt qu’une page

Sur un site internet ou une interface responsive, la largeur disponible varie selon l’écran, la fenêtre et l’orientation de l’appareil.
Elle dépend aussi du navigateur, du système d’exploitation, de la définition de l’écran et des paramètres choisis par le lecteur.
Celui-ci peut agrandir les caractères, zoomer dans la page, modifier la taille d’affichage ou utiliser des réglages d’accessibilité.
Ces possibilités sont indispensables : la mise en page doit s’adapter aux besoins de lecture, et non obliger le lecteur à se conformer à une composition figée.

  • Le texte se redistribue donc continuellement.
  • Les retours à la ligne changent, les blocs s’allongent ou se déplacent et les rapports entre les éléments évoluent.
  • Une typographie indisponible ou mal chargée peut également être remplacée par une autre, dont la largeur et le dessin modifieront à leur tour la composition.

Le contrôle n’est pas absent, mais il s’exerce autrement : avec un tantinet moins de docilité de la part de la page.

Il est impossible de régler définitivement chaque ligne ou chaque césure. Il faut concevoir des règles suffisamment solides pour fonctionner dans plusieurs configurations : largeurs minimales et maximales des blocs, corps de caractères adaptables, interlignage, espacements, points de rupture et ordre des contenus. Il faut aussi vérifier que la structure résiste à l’agrandissement du texte sans provoquer de chevauchements, de coupures ou de disparition d’informations.

Le gris typographique devient alors variable.
Une police et un interlignage confortables sur un grand écran peuvent produire des lignes trop longues ; une colonne équilibrée sur ordinateur peut devenir très verticale sur mobile.
Quant aux césures, leur comportement dépend aussi de la langue déclarée, du navigateur et des règles techniques appliquées.
Le travail consiste donc moins à figer une composition idéale qu’à définir un cadre capable de préserver la hiérarchie, le rythme et la lisibilité malgré les transformations. Le graphiste maîtrise les règles du système, mais pas toutes les conditions dans lesquelles celui-ci sera affiché ni les paramètres dont le lecteur aura besoin.

En print et en numérique fixe, on compose une page.
En responsive, on compose aussi ses adaptations. Y compris celles que le lecteur déclenchera lui-même.


Changer de support ne consiste donc pas à transposer une composition existante dans un autre format.
Il faut réinterroger la taille d’affichage, les conditions de consultation, les possibilités d’adaptation et le degré de contrôle réellement disponible.

Le support ne vient pas après la mise en page : il participe dès le départ aux choix de composition et de lisibilité.


Pour aller plus loin

  • Jost Hochuli, Le détail en typographie, Éditions B42, 2015.
  • Timothy Samara, Manuel de design graphique – Forme et espace, couleur, typo, images, composition, Dunod, 2e édition, 2021.
  • Ellen Lupton, Comprendre la typographie, Pyramyd.

Isabelle Fraysse

Directrice artistique — GraFIcréation